lundi 24 octobre 2016




Juillet 1957, Marcel Gourdet   (cofondateur de la marque)
"A mes outils
 Que vous soyez polis ou marqués par l'ouvrage,
que vous soyez vieillis, émoussés par l'usage,
combien je vous estime oh mes précieux outils,
Plus que des instruments, vous êtes mes amis.
en cherchant parmi vous, je découvre la trâce
des anciens ouvriers dont je suis de la race :
trouvant dans le profit moins de satisfaction,
qu'en soignant leur travail jusqu'à la perfection...

Vous avez bien connu ces artisans modèles
dont vous avez été les compagnons fidèles ;
leur courage, leur ardeur, leur soin et leur goût
du travail entrepris venant toujours à bout.
Vos manches sont polis des mains de mon grand-père.
vous avez contribué aux travaux de mon père,
mes oncles aussi de vous ont bien dû se servir
leurs mains habiles ont su fermement vous tenir,
et vous, docilement, saviez leur obéir.
Lorsque j'ai désiré dès mon adolescence
apprendre à vous manier, ma jeune inexpérience
a dû vous faire sourire. ce n'est pas étonnant
les débuts sont toujours quelque peu décevants.
Quand je fus apprenti, avez-vous deviné
qu'avec persévérance je serai arrivé
à ravir ces secrets que vous cachiez si bien.
Pourtant si vous manier n'est pas chose facile
il n'est pas parmi vous, un qui soit indocile,
et lorsque le marteau va frapper sur les doigts,
c'est pour punir l'auteur de ce coup maladroit.
Après de si longs jours d'un emploi sans relache,
vouloir vous regrouper fut une lourde tâche,
si les uns ont vécu toujours à l'atelier,
d'autres se promenaient de chantier en chantier.
Il est des vétérans de plus de cent ans d'âge,
qui firent avec les jeunes, un excellent ménage.
Pour de nouveaux travaux, d'autres sont accourus,
afin de remplacer les anciens disparus ;
car si votre existence a connu certains charmes,
vous avez bien aussi rencontrés des alarmes,
vous avez de la guerre entendu le canon,
des ennemis partout, de maison en maison,
de plus l'occupation précédée du pillage
avait parmi vos rangs causé quelque ravage.
Aujourd'hui dispersés ou suivant les besoins,
de recherches nouvelles, vous êtes les témoins.
Un violent incendie vous a été funeste,
c'est au milieu des cendres qu'on a trouvé vos restes,
mais vous deviez encore après réparation
rendre de grands services à la fabrication.
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Maintenant je suis vieux et sans avoir votre âge,
malgré la volonté, sans manquer de courage,
il me faut cependant et malgré les regrets,
abandonner l'usine et dessins et projets.
D'autres mains que les miennes viendront vous carresser
faîtes votre possible pour ne pas les blesser,
secondez leurs efforts et leur persévérance,
montrez leur les travaux qui de vous sont sortis,
et d'eux, à votre tour, faîtes vous des amis"

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